Il y a des artistes qui peignent des paysages. D’autres qui peignent des héros. Et puis il y a ceux qui posent un justicier masqué dans un décor de temple, ajoutent une silhouette fantomatique au fond du cadre, et trouvent ça parfaitement cohérent (ce qui, objectivement, est un signe de bonne santé artistique). C’est exactement l’univers d’Ito, artiste basé à Kyoto, qui réalise des aquarelles mêlant codes du comics et motifs japonais traditionnels dans une ambiance souvent sombre, presque “ciné d’horreur” en papier coton.

Ce qui accroche immédiatement, c’est la tension visuelle : d’un côté, une culture pop très identifiable (postures héroïques, silhouettes iconiques, composition “case de BD”), de l’autre un vocabulaire graphique qui évoque l’estampe, les légendes et les décors rituels. Les influences allant de Junji Ito (l’auteur culte du manga d’horreur) au folklore japonais et au cinéma horrifique. Le mélange pourrait virer au collage décoratif ; chez Ito, il devient plutôt un pont. Le super-héros n’écrase pas le folklore : il s’y dissout, comme s’il était devenu un masque, un rôle, un esprit de passage.

Cette sensation de récit tient beaucoup à la manière dont Ito travaille l’atmosphère. Même quand la palette reste volontairement restreinte, l’image garde une profondeur de brume, un grain de nuit. Si vous avez déjà été fasciné par ces dessins où l’étrange s’installe sans prévenir (le genre “tout va bien… jusqu’à ce que votre cerveau dise non”), vous voyez l’idée. Et si vous aimez explorer comment des univers très différents se “traduissent” graphiquement, vous pourriez apprécier ce détour par Tokyo à l’encre et à l’aquarelle, où l’ambiance urbaine se transforme en composition presque japonaise classique. Une autre manière, plus douce, de faire dialoguer des codes.

Une technique qui n’est pas qu’un détail (spoiler : le papier fait la loi)
Ito mentionne travailler sur du papier aquarelle pressé à froid (cold press). Dit comme ça, on pourrait croire à une info de fiche produit… sauf que c’est un vrai choix esthétique. Le cold press a un grain qui retient mieux les lavis, accepte les superpositions, et permet des textures “vivantes” sans que tout se transforme en bouillie. Autrement dit : idéal pour obtenir ces noirs respirants et ces gris qui ne sont jamais plats.

La marque Arches (non je n’ai pas de lien avec) est souvent citée pour ce type d’approche : papier robuste, bonne tenue à l’eau, et surface qui laisse de la place au geste. En pratique, cela autorise des transitions très fines (brumes, halos, ombres) tout en gardant des zones plus “tranchées” quand l’artiste veut rappeler le langage du comics. Ce contraste — lavis organique vs présence graphique — est l’un des moteurs du style d’Ito.

Motifs japonais : quand le décor devient symbole
L’autre point fort, ce sont les motifs. Là encore, ce n’est pas juste “japonisant” : c’est structurant. Les emblèmes, les compositions, les répétitions, tout cela sert de charpente au récit. Si cette logique vous intrigue, un petit crochet utile consiste à comprendre les kamon (blasons familiaux japonais) : ce sont des formes simples, mais très codées, qui montrent comment un motif peut porter une identité entière. Soudain, on regarde les arrière-plans d’Ito autrement.

À ce stade, l’hybridation devient claire : la pop culture est utilisée comme une silhouette immédiatement lisible, tandis que la grammaire japonaise donne le “sol”, la mémoire, la symbolique. C’est une fusion qui marche parce qu’elle respecte les deux côtés : le héros reste un héros, mais il accepte d’être aspiré par un décor plus ancien que lui.

Un contrepoint intéressant (pour mesurer la “densité”)
Pour bien sentir ce que Ito apporte, comparez mentalement avec une approche plus minimaliste du sujet : certaines aquarelles de super-héros jouent la carte de l’épure, du signe, de l’icône. C’est très efficace, mais plus “affiche” que “conte”. Si vous voulez un exemple de cette direction, voici un bon contrechamp avec les aquarelles de super héros de blule . Et vous verrez tout de suite la différence : chez Ito, l’image n’est pas seulement une représentation — c’est une scène, presque un mythe en train de se peindre.



















Sources pour aller plus loin
• Le compte Instagram de l’artiste ici.
• Son shop en ligne
• Design You Trust
• Wikipédia Junji Ito
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