Il y a des artistes qui peignent à l’huile, d’autres qui sculptent le marbre… et puis il y a Robert Reimann, qui traite les modèles génératifs comme une chambre noire un peu radioactive : on y entre avec une idée, on en ressort avec une image qui vous regarde fixement. Designer et auteur basé à Boston, Reimann revendique une pratique qu’il appelle « synthographie » : une forme d’art numérique surréaliste où l’IA n’est pas un bouton “rendre joli”, mais un matériau à dompter, couche après couche, jusqu’à obtenir une pièce dense, narrative, et volontairement anti-fade.

De l’UX “bible” aux visions surréalistes
Le détail savoureux (et très 2026) : avant de faire surgir des visages fracturés et des architectures mentales, Robert Reimann a surtout marqué l’histoire du design d’interaction. Il a notamment co-signé About Face: The Essentials of Interaction Design, ouvrage très connu en UX, et il a été founding president / premier président de l’Interaction Design Association (IxDA).

Ce passé n’est pas anecdotique. L’UX, c’est l’art d’orchestrer une expérience intentionnelle. La synthographie de Reimann semble prolonger la même obsession, mais côté image : comment guider un système (ici un modèle de diffusion) vers un résultat qui ne soit pas une “moyenne esthétique”, mais un objet avec une intention et une tension.

Synthographie : ce que Reimann met derrière le mot
Pour résumer sa méthode : Reimann utilise Midjourney et mélange photographie, éléments dessinés à la main et “prompting” précis, sur des créations longues (jours, semaines… parfois plus).
Sur la page de l’expo CLUSTER (Londres), l’approche est décrite de manière plus technique : collaboration avec un ou plusieurs modèles de diffusion, exploration des “latent spaces” (l’espace latent), références issues de ses photos et croquis, itérations jusqu’à “cristallisation” de formes, puis finition avec des outils numériques classiques (couleur, lumière, clarté, texture) pour atteindre une qualité compositionnelle et une “résonance émotionnelle” maximales.

En clair : ce n’est pas “un prompt et bonne nuit”. C’est plutôt “un prompt, puis du travail”… ce qui fait toujours grincer des dents les deux camps (les pro-IA qui vendent du miracle, et les anti-IA qui imaginent un bouton magique).

Un débat plus large : intention, signature, et “posture” artistique
Le mot “synthographie” circule aussi ailleurs, avec des définitions et des manifestes parfois très militants. On trouve par exemple un usage académique du terme pour distinguer des images photoréalistes “non produites par des moyens optiques”.
Et côté manifeste, certains auteurs poussent l’idée d’une pratique “au-delà du prompt”, qui assume la part de curation, d’expérimentation et de choix humains.

Ce qui rend Reimann intéressant, c’est qu’il revient justement à une question simple : qu’est-ce qui fait “art” ? Beaucoup d’approches contemporaines insistent sur l’intention (au sens philosophique) ; le mouvement Intentism, par exemple, met la relation entre œuvre et créateur au centre de la signification.
Et c’est précisément là que la synthographie, quand elle est sérieuse, se joue : non pas dans l’outil, mais dans la direction, la sélection, l’assemblage, et la responsabilité esthétique.

Qu’est-ce à faire sur dessein-de-dessin?
Ici nous montrons souvent des univers surréalistes construits “à la main” — par exemple les encres hypnotiques de Kirsten Schaap ou les images à message d’Igor Morski. La synthographie de Reimann est un contrepoint utile : même finalité (fabriquer de l’étrange signifiant), autre chaîne de fabrication (diffusion + références + retouche + composition).
Et puis les créations digitales font partie intégrante des arts graphiques alors pourquoi pas avec de l’aide de l’IA?








Sources pour aller plus loin
Toutes les images: crédits Robert Reimann.
• Le compte Instagram de l’artiste ici
• Cluster London
• Google Books
• IxDA
• Intellect Discover
• Fabian Mosele