Il y a des peintures qui vous sautent au visage, et d’autres qui vous attrapent par le col… mais avec des gants en velours. Les scènes d’Anjastama HP appartiennent clairement à la seconde catégorie : des personnages calmes, presque méditatifs, évoluent dans des espaces symboliques où la réalité a l’air de respirer plus lentement. Le résultat : une peinture figurative contemporaine qui ne cherche pas l’effet “wow” — et qui l’obtient quand même, par accumulation de détails, de motifs, et de silence bien placé.

Une figuration contemporaine… cousue de motifs et de mémoire
Ce qui frappe d’abord, c’est ce dialogue entre figure et décor. Les personnages (souvent introspectifs) semblent posés là comme des pions rêveurs, tandis que l’environnement se charge du reste : silhouettes rappelant le théâtre d’ombres, textiles à motifs, formes organiques et aplats de couleurs modernes. On est à mi-chemin entre le quotidien et l’allégorie, avec une impression persistante que “quelque chose” est en train de se raconter, mais sans sous-titres.

Techniquement, on est le plus souvent sur de l’acrylique sur toile : une matière idéale pour juxtaposer des aplats propres, des textures, et des rythmes graphiques sans perdre en netteté. Ça renforce ce contraste très “Anjastama” : des figures calmes + un monde visuel chargé de signes.

Batik + wayang : deux langages visuels qui parlent encore très fort
Si ces motifs textiles vous accrochent l’œil, ce n’est pas un hasard. Dans la culture de Java, le tissu n’est pas juste décoratif : le batik, par exemple, porte des symboles, des usages sociaux et des techniques de teinture à la cire qui structurent une part de l’identité culturelle indonésienne.

Même logique du côté du wayang (théâtre de marionnettes/ombres) : un art narratif ancien, enraciné à Java, avec ses codes visuels (costumes, silhouettes, stylisation) et sa capacité à transmettre valeurs, histoires et satire sociale.
Chez Anjastama, ces deux univers ne sont pas cités “pour faire joli” : ils servent d’ossature. Les motifs deviennent une grammaire, et la figure une phrase courte… mais qui reste en tête.

Trois héros comme matrice : Bima et ses enfants
Un point intéressant (et très “atelier” plutôt que “communiqué de presse”) : une partie de ses figures s’inspire de trois personnages liés à Bima, souvent mentionnés comme sources récurrentes : Antasena, Antareja et Gatotkaca.

L’idée n’est pas de peindre “une scène mythologique” au sens littéral, mais de construire un monde intérieur où ces archétypes (force, loyauté, courage) se transforment en psychologie visuelle. Et là, on comprend mieux pourquoi ses personnages ont cet air à la fois doux et indéboulonnable : ils viennent d’une mythologie, mais ils habitent une époque.

De Yogyakarta à la scène des foires : une trajectoire qui s’accélère
Côté parcours, plusieurs éléments reviennent : né à Sukoharjo (Java central) et formé à l’Indonesian Art Institute de Yogyakarta, l’artiste explique aussi vivre à “Jogja”, un écosystème artistique très actif.

Ses œuvres ont été montrées avec Kiniko Art à Art Jakarta, ce qui l’inscrit clairement dans un circuit galerie/foire.
Il apparaît également dans des expositions collectives récentes comme “Symbiotic Loops” (janvier 2026).
Et il est cité comme représenté par des galeries régionales, dont Yuan Gallery.

Pourquoi ça fonctionne
Parce que tout est tenu. La tradition n’est pas un décor “ethnique”, la modernité n’est pas un filtre Instagram : ce sont deux systèmes visuels qui cohabitent sans se neutraliser. Et surtout, Anjastama HP évite le piège du symbolisme bruyant : il suggère. Il laisse de l’espace. Bref, il fait du surréel “à bas volume”, ce qui, paradoxalement, le rend très audible.

Si cette étrangeté calme vous plaît, sur dessein-de-dessin.com vous pourriez aussi aimer des univers où le réel se dérègle doucement, comme chez Boris Indrikov ou Angela Burson.










Sources pour aller plus loin
• Le compte Instagram de l’artiste
• Space Gallery
• Indoartnow
• Batik Unesco
• Wayang Unesco
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